Diagramme de Pareto : construire un classement de causes qui tient
Dans un atelier, les pannes ne se valent pas. Quelques-unes reviennent tout le temps, les autres presque jamais. Le diagramme de Pareto les range de la plus fréquente à la plus rare, puis additionne au fur et à mesure. Vous voyez alors les deux ou trois causes qui font le gros du problème.
En résumé
Dans un atelier, les pannes ne se valent pas. Quelques-unes reviennent tout le temps, les autres presque jamais. Le diagramme de Pareto les range de la plus fréquente à la plus rare, puis additionne au fur et à mesure. On voit alors les deux ou trois causes qui font le gros du problème. Vous savez par laquelle commencer.
L'essentiel à retenir
- Le diagramme de Pareto classe des causes par poids décroissant et affiche leur cumul.
- Le 80/20 est une analogie de qualiticien, jamais une loi.
- Le même relevé donne trois classements différents selon que vous comptez les occurrences, les minutes d’arrêt ou l’argent.
- Un découpage de catégories bancal fausse le classement, sans que rien ne le signale.
- Une courbe plate est un résultat : le problème n’est pas là où vous le cherchez.
Le diagramme de Pareto est l’outil que tout le monde connaît et que peu de gens construisent correctement. La règle des 80/20 s’apprend en une minute, le tracé se fait en cinq minutes dans un tableur. Le vrai problème se joue avant le graphique. Un diagramme bâti sur des catégories mal découpées, ou sur une mauvaise unité de mesure, donne un classement faux et parfaitement convaincant. Voici l’exemple de calcul complet, et la preuve qu’un même relevé produit trois classements.
Qu’est-ce qu’un diagramme de Pareto ?
Le diagramme de Pareto est un graphique qui classe des causes de la plus lourde à la plus légère et qui affiche, en parallèle, le cumul de leur poids. Des barres décroissantes, une courbe qui additionne les pourcentages : rien d’autre.
Il répond à une seule question : combien de causes faut-il traiter pour couvrir la plus grande part du problème ? La courbe cumulée y répond en un coup d’œil, ce que la liste brute des relevés ne fait jamais.
L’outil porte le nom de Vilfredo Pareto, économiste italien qui observe une répartition des revenus très inégale dans son Manuel d’économie politique numérisé par la Bibliothèque nationale de France. Pareto n’a jamais tracé de diagramme de Pareto ni parlé de qualité industrielle. La formule « 80 % des effets viennent de 20 % des causes » revient à Joseph Juran, qualiticien américain, dans les années 1950. Le 80/20 est une analogie, pas une loi.
Comment construire un diagramme de Pareto : l’exemple de calcul
Cinq gestes, dont un seul est graphique. Les quatre premiers décident du résultat, le cinquième le dessine.
Sur les chiffres qui suivent. Ce jeu de données est construit pour la démonstration. Il ne provient d’aucun client réel.
Étape 1 : poser la question et la période
Un diagramme répond à une question, pas à un thème. « Pourquoi la ligne de conditionnement s’arrête-t-elle ? » est une question, « la performance de la ligne » n’en est pas une. Fixez la période avant de regarder les données : ici, vingt jours.
Étape 2 : choisir les catégories
Les catégories sont les barres du futur graphique. Six suffisent ici, et chaque arrêt doit tomber dans une seule d’entre elles.
Étape 3 : choisir l’unité de mesure
Occurrences, minutes, pièces rebutées ou euros ? C’est la décision la plus lourde, et celle qu’on prend le plus vite. Pour ce premier tracé, on compte les occurrences.
Étape 4 : trier, additionner, cumuler
Rangez par valeur décroissante, calculez la part de chacune, puis additionnez ligne après ligne.
| Cause d’arrêt | Occurrences | Part | Cumul |
|---|---|---|---|
| Bourrage en sortie d’étiqueteuse | 88 | 44,0 % | 44,0 % |
| Changement de bobine film | 46 | 23,0 % | 67,0 % |
| Réglage de la dateuse | 30 | 15,0 % | 82,0 % |
| Manque de cartons au poste | 18 | 9,0 % | 91,0 % |
| Arrêt sur capteur de sécurité | 12 | 6,0 % | 97,0 % |
| Panne du convoyeur | 6 | 3,0 % | 100,0 % |
| Total | 200 | 100,0 % |
Deux opérations par ligne. La part vaut la valeur divisée par le total : 88 sur 200 donne 44,0 %. Le cumul vaut la part de la ligne plus le cumul précédent : 15,0 % plus 67,0 % donne 82,0 %.
Étape 5 : lire le classement, pas le dessin
Trois causes sur six couvrent 82 % des arrêts. Le rapport réel est donc 50 % des causes pour 82 % des effets, et ce n’est pas un défaut du relevé : vingt pour cent de six catégories font 1,2 catégorie. Pour vos propres relevés, Le guide de la résolution de problèmes en 20 fiches donne les trames de collecte et de tri.

Occurrences, temps d’arrêt ou coût : l’unité qui change tout
Un même relevé donne autant de classements que d’unités de mesure. C’est le point le plus utile du sujet, et celui que les pages sur le 80/20 laissent de côté. Voici les six mêmes causes mesurées de trois façons : un arrêt de convoyeur dure 95 minutes en moyenne, un bourrage 2 minutes, et le réglage de la dateuse envoie des étuis au rebut.
| Cause d’arrêt | Rang par occurrences | Rang par minutes d’arrêt | Rang par coût |
|---|---|---|---|
| Bourrage en sortie d’étiqueteuse | 1er (44,0 %) | 4e (14,2 %) | 4e (10,3 %) |
| Changement de bobine film | 2e (23,0 %) | 2e (14,9 %) | 3e (10,7 %) |
| Réglage de la dateuse | 3e (15,0 %) | 3e (14,6 %) | 1er (38,5 %) |
| Manque de cartons au poste | 4e (9,0 %) | 5e (7,3 %) | 5e (5,2 %) |
| Arrêt sur capteur de sécurité | 5e (6,0 %) | 6e (2,9 %) | 6e (2,1 %) |
| Panne du convoyeur | 6e (3,0 %) | 1er (46,1 %) | 2e (33,2 %) |
Trois unités, trois causes différentes en tête. Le bourrage domine les occurrences parce qu’il survient 88 fois. La panne de convoyeur domine le temps d’arrêt : ses 6 occurrences pèsent 570 minutes sur 1 236. Le réglage de la dateuse domine le coût parce qu’il ajoute des rebuts.

- Les occurrences disent ce qui perturbe le plus l’opérateur.
- Les minutes d’arrêt disent ce qui coûte le plus de capacité, unité à retenir quand le sujet est le taux de rendement synthétique.
- Le coût est la seule unité qui intègre les rebuts.
Décidez de l’unité avant de regarder les résultats, sans quoi vous choisissez votre conclusion. Et quand deux unités désignent deux causes différentes, ne tranchez pas : il y a deux chantiers.
La qualité du relevé décide de la qualité du classement
Un diagramme de Pareto ne vaut pas plus que le relevé qui l’alimente, et un mauvais relevé ne se voit pas sur le graphique. Le tracé est toujours propre, même quand les données ne le sont pas. Quatre contrôles écartent l’essentiel du risque.
Des catégories exclusives. Un arrêt qui peut entrer dans deux cases y entrera selon l’humeur de celui qui remplit. Le vocabulaire de la norme NF EN 13306, terminologie de la maintenance, règle une bonne partie de ces recouvrements.
Un même niveau de détail. Mettre « défaut qualité » à côté de « vis de réglage desserrée » garantit que la première arrivera en tête, parce qu’elle est plus large. Une catégorie n’est pas grosse parce qu’elle pèse lourd, mais parce qu’elle contient plusieurs sujets.

Une case « Autres » surveillée. Marginale, elle est le prix de la simplicité. Dans les premières barres, elle signale un découpage qui a manqué quelque chose.
Une période représentative. Vingt jours couvrant plusieurs équipes valent mieux que trois jours choisis après coup.
Quand la règle des 80/20 ne s’applique pas
Il arrive qu’un relevé donne dix causes pesant chacune environ 10 % du total. La courbe cumulée monte en ligne droite, sans coude. Ce n’est pas un échec du diagramme, c’est un résultat. Trois lectures, dans cet ordre.
Les catégories sont trop fines. Vingt cases précises répartissent mécaniquement le poids. Regroupez d’un cran, par organe de machine plutôt que par symptôme.
L’unité de mesure est mal choisie. Une courbe plate en occurrences peut devenir très concentrée en minutes d’arrêt ou en euros.
Le problème n’est pas là où vous le cherchez. Quand aucune cause ne se détache, quelle que soit la maille et quelle que soit l’unité, la variabilité vient du système. Il n’y a alors aucune cause prioritaire, il y a une condition commune à corriger : un standard absent, un réglage général, une matière hors spécification. Cherchez aussi du côté des huit gaspillages du Lean, que le comptage d’arrêts ne capte pas.
Les erreurs qui faussent un diagramme de Pareto
Quatre erreurs reviennent en atelier, et aucune n’est une erreur de tracé.
Choisir l’unité de mesure après avoir vu les résultats.
Fixer l’unité à partir de la question posée. Retenir celle qui désigne la cause qu’on avait en tête est une justification, pas une analyse.
Mélanger les niveaux de détail entre catégories.
Un seul niveau de découpage, vérifié avant le comptage. Une catégorie large arrive toujours en tête, et le chantier qui en sort n’a pas de périmètre.
S’arrêter au classement.
Enchaîner sur une recherche de cause, sur la première barre. Le diagramme dit où chercher, jamais pourquoi.
Ne jamais retracer le diagramme après les actions.
Un second Pareto, même unité, même durée. C’est la seule preuve que la première barre a baissé.
Un diagramme de Pareto n’a de valeur que comparé à lui-même. Le second tracé transforme un graphique de réunion en boucle d’amélioration : c’est le rôle du Check dans le cycle PDCA.

Quels outils prendre après le diagramme de Pareto
Le diagramme de Pareto désigne une cible et s’arrête là. Il hiérarchise, il n’explique rien. Voici les outils qui prennent le relais.
- Les 5 pourquoi, pour remonter de la première barre à sa cause racine en creusant la chaîne de causes.
- Le diagramme causes-effets, dit d’Ishikawa, si la cause dominante est multifactorielle.
- Le DMAIC, pour encadrer l’ensemble : le Pareto est un outil de la phase Mesure, à l’intérieur d’une démarche de résolution de problèmes en cinq étapes.
- Le MTBF et le MTTR quand le classement porte sur des pannes : ces deux indicateurs de disponibilité séparent ce qui tombe souvent de ce qui est long à réparer.
- L’arbre des causes pour les accidents du travail, dont l’INRS publie la méthode.
Un Pareto des presque-accidents alimente aussi la hiérarchisation du document unique, dont le code du travail impose la tenue à tout employeur. Le classement devient alors un argument opposable.
FAQ : vos questions sur le diagramme de Pareto
Qu’est-ce que la loi des 80/20 ?
La loi des 80/20, ou principe de Pareto, énonce qu’une minorité de causes produit la majorité des effets. Elle a été formulée par Joseph Juran dans les années 1950, à partir des travaux de Vilfredo Pareto. Ce n’est pas une loi mathématique : le rapport réel varie d’un relevé à l’autre.
Comment calculer les pourcentages cumulés d’un diagramme de Pareto ?
Triez les catégories par valeur décroissante, puis divisez la valeur de chacune par le total : 88 sur 200 donnent 44,0 %. Ajoutez enfin la part de chaque ligne au cumul précédent : 15,0 % après 67,0 % donne 82,0 %. Le dernier cumul vaut toujours 100 %.
Quelle différence entre un diagramme de Pareto et un diagramme d’Ishikawa ?
Le diagramme de Pareto hiérarchise des causes déjà comptées, à partir de données chiffrées. Le diagramme d’Ishikawa explore les causes possibles d’un effet, à partir de l’expérience d’un groupe. Le premier dit par quoi commencer, le second pourquoi cela se produit.
Que faire si le diagramme de Pareto est plat ?
Regroupez d’abord les catégories d’un cran, puis retracez avec une autre unité de mesure. Si la courbe reste plate dans tous les cas, la variabilité vient du système : cherchez un standard absent ou un réglage général plutôt qu’un coupable.
Peut-on faire un diagramme de Pareto sans logiciel ?
Oui, et c’est recommandé pour un premier relevé. Un tableau à quatre colonnes suffit : catégorie, valeur, part, cumul. Le tri décroissant et deux divisions donnent tout le contenu du graphique. Le tracé sert à présenter le résultat, pas à l’obtenir.
Un classement de causes ne vaut que par ce qui vient après.
Le diagramme de Pareto désigne la barre à traiter. Il ne dit ni pourquoi elle est haute, ni comment la faire baisser.
👉 Le guide de la résolution de problèmes en 20 fiches : le relevé, le tri, la cause racine et le contrôle, avec les trames à remplir.

Moi, c’est Hugo.
Après un parcours d’ingénieur industriel, j’ai décidé de partager mes connaissances sur LinkedIn avec 1 post par jour. Puis j’ai créé Fichly : un organisme de formation QUALIOPI dédié au Lean Management, qui a formé plus de 70 usines en France.
Ma mission : réinventer l’apprentissage industriel, avec du jeu, du terrain, et zéro PowerPoint ronflant.
Les outils de cet article
Les fiches et les guides Fichly pour passer de la lecture au terrain.



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